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Entretien avec Laurent Gidon

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Photo de Laurent GidonCet été nous vous proposions de découvrir ce que nous estimions être LE livre fantastique de l'été : Djeeb le chanceur.

Retour sur le devant de la scène pour le dernier -en date !- roman de Laurent Gidon avec cet entretien réalisé il y a quelques jours.

 

 

 

 

 

Laurent Delin, pour atemporel.com : Dans Djeeb, vous nous proposez de partir courir un monde fantastique aux côtés d'un poète. Pourquoi ce choix ?

Laurent Gidon : Parce que le personnage a de la gueule ! Quand on s’embarque dans un projet de roman sans savoir où l’on va, mieux vaut prendre un guide dont les ressources ouvrent large le champ des possibles. Et puis, le guerrier surpuissant doté d’une épée magique ou le jeune paladin en quête d’aventures initiatiques me lassaient d’avance.

En fait, je voulais que Djeeb, comme les lieux qu’il traverse, me surprenne en cours d’écriture. C’était pour moi un livre de vacances, seulement motivé par le plaisir de laisser courir l’histoire, sans objectif de publication. Alors oui, Djeeb est poète, musicien, bateleur, beau parleur, mais il est aussi arrogant, plus très jeune, indécis, versatile, parfois maladroit, passant au gré des situations de la couardise à la témérité, et globalement irresponsable. Bref, c’est quelqu’un en compagnie de qui tout peut arriver, exactement ce dont j’avais besoin pour passer un été d’écriture détente.


Atemporel.com :  L'eau est très présente dans Djeeb le Chanceur. Est-ce dû au fait que, né à Annecy, et y vivant, vous affectionnez particulièrement cet élément ?

Laurent Gidon : En fait, l’eau n’est pas le seul élément dont l’importance est notable. L’air, la terre et le feu (le feu de la Terre, d’ailleurs) interviennent aussi à divers détours du voyage, et souvent de façon très tactile ou sensitive. Mais je n’en avais pas vraiment conscience : votre question m’aide à voir les choses sous cet angle. C’est une histoire où la nature des lieux donne la tonalité.

Les doigts de Djeeb sur les rugosités du basalte, la moiteur de surface indiquant l’eau qui court sous la pierre, les colères de la lave ou les sautes de vent sous l’aile du voilair… toutes ces influences des éléments sur la pauvre matière humaine sont sans doute l’expression du rapport à la nature que la région d’Annecy permet de vivre. Ici, je grimpe, je skie, je planche sur le lac dès que le vent monte et je cavale dans la montagne en toutes saisons. Nous chauffons la maison au bois, ce qui oblige à s’adapter aux conditions extérieures (quand homme blanc couper bois, hiver très rude) comme à l’inertie de la cheminée : pas de thermostat ni de programmation, la première chose à faire le matin est de remettre une bûche, avant même de penser au café ou à la douche. Cela apprend l’humilité du corps face aux exigences de l’environnement que l’on oublie trop facilement dans nos conforts. Et puis, je passe aussi mes étés en Normandie, où chaque jour les marées modèlent à la fois le paysage et les activités. La nature et le climat dictent mon rythme de vie plus que mes seules envies : il est normal que Djeeb soit lui aussi soumis à cette influence permanente.



Atemporel.com - Djeeb le Chanceur est un livre très poétique dans son ensemble, tout en étant fantastique. C'est une véritable réussite ! Envisagez-vous de renouveler la prouesse dans un univers et un style résolument opposés ?

Laurent Gidon : Il ne s’agit pas de prouesse, mais de soumission à la nature du personnage. On ne peut pas raconter les aventures d’un Djeeb dans un style neutre, simplement descriptif : il faut que ça sonne ! Quitte peut-être à en faire trop. J’essaie actuellement de lui inventer d’autres histoires, en gardant le même ton, mais en veillant peut-être à mieux doser.

D’un autre côté, je pense à boucler la trilogie d’Aria, commencée avec Aria des Brumes. La suite est déjà écrite, et je planche sur l’épisode final. Il s’agit pour le coup d’une écriture beaucoup plus sèche, plus dépouillée, avec le choix du présent de narration. Ce temps est celui de l’action en cours, de l’immersion avec les personnages, et ne permet pas de point de vue extérieur, de description touristique ou exotique.

Mais c’est surtout dans les textes courts que je m’autorise des démarches d’écriture plus radicales. Quelques textes vont paraître dans des revues ou anthologies, surtout sous le pseudonyme de Don Lorenjy, avec des approches très variées. Comme Organum, qualifié de « nouvelle scripto-sonore à lecture perpendiculaire imbriquée ».



Atemporel.com : Auriez-vous quelques vers exclusifs à nous proposer autour du temps ?

Laurent Gidon : Des vers, je ne sais pas trop : c’est Djeeb le poète, pas moi.

Quand je vivais en Irlande, on m’avait dit : « Quand Dieu a créé le temps, il en a fait assez. » Je trouve ça à la fois vrai, beau, ironique et touchant si l’on connaît un peu le rapport ambivalent que les Irlandais entretiennent avec le catholicisme, à la fois comme carcan moral et étendard de liberté depuis leur guerre d’indépendance.

Le lieu de travail de Laurent Gidon (zoom)Étant moins croyant que les Irlandais, j’ai remodelé l’aphorisme à ma sauce : si j’avais plus de temps, j’en perdrais plus. Et à l’inverse, j’aime énormément la chanson There is no time de Lou Reed, sur l’album New York, un véritable cri d’urgence pour qu’on arrête de tergiverser : This is a time to put up or chut up, It won’t come back this way again !

En fait, j’ai parfois l’impression que bon nombre de nos ennuis, individuels ou collectifs, naissent d’une mauvaise gestion du temps. Mais j’ai bien conscience d’énoncer une banalité et de ne pas faire le moindre pas vers une quelconque solution. Disons que je reste attentif au temps qui passe, à ses cycles comme à ce qui change pour ne jamais revenir. En retour, j’ai l’impression que le temps est généreux avec ceux qui le respectent.

 

© Laurent Delin pour atemporel.com -  Entretien réalisé par courriel le 5 octobre 2009.

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