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Entretien avec Laurent Gidon

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Après un premier entretien avec Laurent Gidon en octobre dernier à l'occasion de la publication de notre article sur son roman Djeeb le Chanceur (Editions Mnémos), nous vous en proposons un second.

Cette fois c'est en prévision de la sortie en juin prochain de Djeeb l'Encourseur (toujours aux Editions Mnémos), la suite de Djeeb le Chanceur.

Laurent Gidon se dévoile un peu plus et nous parle de ce nouveau roman. Il nous propose d'ailleurs, en exclusivité, un extrait de Djeeb l'Encourseur, à apprécier sans modération ! 2010 ? Année positive pour Laurent Gidon : jugez plutôt...

 

Atemporel.com : Vous venez de terminer le second tome des aventures de Djeeb. C'est plutôt rapide et tant mieux. Le premier tome semble avoir été un succès. Avez-vous trouvé votre public ?

Laurent Gidon : Plutôt rapide dites-vous ? En fait, j’ai trouvé le processus plus long que la première fois. Peut-être par ce que l’écriture s’est juxtaposée à la sortie du Chanceur et aux rencontres avec les lecteurs. J’avais pensé écrire ce deuxième Djeeb pendant mes vacances, et puis je me suis soudain trouvé en panne. Panne d’envie, surtout. Alors j’ai laissé le texte en sommeil pendant plusieurs mois. Et c’est l’accueil qu’a reçu Djeeb le Chanceur qui m’a redonné l’envie. Je ne sais pas si on peut parler de succès. Le premier tirage était près d’être épuisé en décembre dernier, et c’est toujours agréable de se dire qu’il y a eu suffisamment de lecteurs intéressés. Il sera réimprimé en 2010, avec une nouvelle couverture.

Laurent GidonAprès, savoir si ce livre a trouvé son public, c’est une autre histoire. Lorsque je vois qui le lit, qui me le prend en dédicace, qui m’envoie des messages après l’avoir lu, je suis toujours surpris de la diversité. Des jeunes de quinze ou seize ans, des adultes qui lisent plutôt des auteurs sans risque, et aussi des personnes plus âgées à la recherche d’un style… j’ai vraiment rencontré de tout. Et c’est exactement ce que j’attendais, tant de l’histoire que de la façon dont j’ai essayé de la raconter. Comme les critiques l’ont noté, le style est assez travaillé. C’est ce qui semble attirer certains lecteurs d’ordinaires plutôt rétifs à l’imaginaire. Ils se laissent emporter et oublient que tout cela n’existe pas. Un peu comme dans toute littérature, je crois.

Un public plutôt large, donc, mais pas si nombreux que cela. On sait bien que les romans de ce type sont des long sellers : il leur faut un certain temps pour toucher les lecteurs qui peuvent s’y intéresser, d’autant que les grands médias n’en parlent que très peu. Ils doivent faire leur chemin presque tout seuls. Après, savoir si Djeeb a trouvé son public est une question qu’il faudrait peut-être poser à des libraires, et il est sans doute trop tôt pour savoir. Que des sites comme Atemporel s’en fassent l’écho est en tout cas une partie de la réponse. Grâce à vous, des lecteurs découvrent des titres et des auteurs qu’ils ne rencontreraient pas ailleurs, c’est très bien, continuez !


Atemporel.com : Lors de séances de dédicaces pendant la promo du premier tome, quel a été l'accueil des lecteurs ou futurs lecteurs ? Quelles questions vous ont le plus marqué ?

Laurent Gidon : Ha… la question que j’ai le plus entendue, c’est « Vous croyez que je vais aimer ? » Franchement, ma boule de cristal était trop sale pour que je puisse y trouver une réponse claire.

Dans les milieux habitués aux genres de l’imaginaire, le livre a été pris pour ce qu’il est : une lecture plaisir, plutôt de bonne tenue, sans l’ambition de révolutionner le genre. Les critiques ont été bonnes, franches sur les défauts mais globalement bonnes. C’était rassurant pour affronter le vrai public.

Lors de salons ou dans des librairies généralistes, les gens n’osaient même pas approcher, ou se posaient des questions. Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça représente, cette couverture ? Quel genre d’histoire ? Est-ce que je vais prendre le risque alors que je ne connais ni l’auteur ni le genre ? Ils avaient l’impression de se mettre en danger juste en venant vers moi. Là, j’ai dû produire un travail de vulgarisation en m’adaptant au public, comme beaucoup d’auteurs avant moi : chacun apporte sa pierre à l’édifice. Mais c’est assez déstabilisant de devoir convaincre, alors qu’en terme de jugement sur mon travail, c’est plutôt la modestie qui prévaut. Je suis très heureux d’être publié, encore plus d’être lu, mais j’ai du mal à dire que les gens devraient acheter mon livre, là, maintenant, et pas les autres. Pourtant, c’est ce que les libraires attendaient de moi. Et c’est vrai que je leur devais un peu cet effort.

Alors j’ai longuement expliqué, détaillé, lu à haute voix souvent… Et je crois que le style bien balancé a pu faire la différence à l’oral. Je choisissais le début du deuxième chapitre, où est décrite l’arrivée à Ambeliane. Les gens écoutaient en regardant la couverture, et s’y voyaient, mais avec des mots et un rythme plus poétiques que descriptifs. Ça marchait plutôt bien.

La couverture de la réimpression montrera un personnage – un impératif de la nouvelle charte graphique de l’éditeur – et je ne sais pas comment je m’en sortirai pour mes lectures. On verra bien quand la situation se présentera. Si vous avez des conseils, je suis preneur.


Atemporel.com : Sans tout nous dévoiler, que se passe-t-il dans le tome 2. Est-ce le même univers et quels aspects avez-vous peut-être développés ?

Laurent Gidon : Il s’agit bien du même univers, du même personnage, et de la même approche narrative. Le lecteur colle à Djeeb, il découvre les lieux et l’action par ses yeux. On le suit dans une autre aventure, un peu plus charpentée, peut-être moins linéaire que celle d’Ambeliane. L’histoire visite plusieurs lieux, croise différentes façons de vivre dans l’Arc Côtier et élargit la vision de cet environnement.

La couverture de la première édition de Djeeb le ChanceurNous retrouvons Djeeb un certain temps après la fin du Chanceur, dans la cité de Port Rubia. Un concours de circonstances va l’amener à rejoindre un corps expéditionnaire pour une mission qui ne le concerne pas du tout. Mais Djeeb est toujours Djeeb : son goût du beau et sa nature d’artiste l’empêchent de se défiler. De rencontres en embûches, il va devoir endosser une responsabilité écrasante. Il en sera un peu déstabilisé, ce qui le poussera peut-être à donner le meilleur de lui-même. Cette longue course m’a permis de donner un éclairage un peu plus précis sur l’univers de l’Arc Côtier.

Quelques éléments qui ont pu paraître surprenants, voire anachroniques, dans le premier livre, trouvent une explication logique. Mais nous sommes bien dans l’idée d’une série d’épisodes disjoints, et non d’une suite directe. Un lecteur pourra apprécier Djeeb le Courseur sans avoir lu le Chanceur.

Parallèlement, je poursuis la description du monde de Djeeb à travers des textes courts écrits pour des anthologies, comme celle qui paraîtra en mai lors des Imaginales. Cela me permet de construire l’arrière-plan du personnage, dévoiler des épisodes de sa jeunesse qui expliquent son caractère et certaines capacités d’empathie.

L’ensemble, avec au moins deux autres romans en préparation, constituera une approche complète d’un univers à la croisée de la Fantasy et de la Science-Fiction. Cela devrait me prendre un an ou deux pour en voir le bout. Et si les lecteurs suivent, j’aurais peut-être la chance de voir ces histoires publiées.


Atemporel.com : Djeeb occupe-t-il tout votre temps d’auteur ? Ou avez-vous d’autres projets en cours ?

Laurent Gidon : Pour commencer, j’ai une famille à nourrir et une activité professionnelle qui m’occupe un petit peu, comme tout le monde. Même si je le pratique en indépendant avec des horaires assez libres, mon travail de rédacteur (NDW : Laurent Gidon est par ailleurs rédacteur publicitaire) me prend une bonne part de mon temps, et de mon énergie. Les histoires à écrire me trottent toujours dans la tête, et je m’y mets chaque fois que les conditions ne sont pas bonnes pour la montagne ou la planche à voile. Dernièrement, la météo a été assez clémente avec mon clavier… j’ai bien travaillé.

Nous sommes en train de finir les corrections sur un recueil de nouvelles qui devrait paraître début 2010 : Les Blaguàparts. Il réunit 16 textes plutôt drôles mais pas que, qui balayent plusieurs genres, SF, fantastique…
Je reviens aussi à mes anciennes amours en avançant sur le troisième tome de Aria des Brumes, qui s’appelle pour l’instant Le Chant Sombre.

Mais surtout j’essaye de réfléchir à la promotion d’un imaginaire plus positif. Je ne sais pas si le monde va mal, mais j’ai l’impression que nous en avons une perception très négative. Nous sommes sans doute la première génération qui estime vivre moins bien que ses parents, ou au moins que ses enfants vivront moins bien qu’elle. Dans ce contexte déjà morose, la Science-Fiction continue souvent de tirer des sonnettes d’alarme, de nous prévenir que la fin du monde est proche, de mettre en avant les côtés noirs de l’homme, tout ce qui pourrait précipiter sa chute. Je pense qu’il faut maintenant se tourner vers le possible, chercher à inventer des avenirs qui marchent.

Pas question pour moi de fustiger quiconque, bien sûr. Mais en tant qu’auteur, on ne peut pas éviter de se poser la question de sa responsabilité. Choisir le ton de ce qu’on écrit. Il ne s’agit pas d’une posture morale. Plutôt l’envie d’inviter à prendre le risque de l’utopie. C’est un risque, parce qu’il est toujours plus facile de construire des histoires fortes sur des drames que sur des thèmes plus optimistes qui frôlent facilement le ridicule s’ils sont mal traités.

Il y a un travail à faire sur les thèmes, mais aussi sur les modes de narration, souvent très inspirés du thriller ou du roman d’aventure, avec conflits, menaces, luttes, action et rebondissements… Sans tourner le dos à ces techniques efficaces, on peut aussi chercher à équilibrer, inventer plus d’histoires qui donnent envie du futur, envie d’y croire. Bref, j’y pense et je commence à partager ces réflexions avec ceux que je croise. Il n’y a peut-être pas d’attente du public pour ce travail, mais les lecteurs méritent qu’on leur propose un imaginaire capable de croire un peu plus en l’avenir. On verra bien si les lecteurs adhèrent. Et si je suis ridicule, tant pis.

Merci en tout cas de m’avoir laissé m’exprimer là-dessus.

 

> Téléchargez en exclusivité le premier chapitre de Djeeb l'Encourseur, à paraître aux Editions Mnémos en juin 2010 (format PDF - 140ko)

> Notre avis sur Djeeb le chanceur

> Notre entretien en octobre 2009 aveec Laurent Gidon

 

Entretien réalisé en janvier 2010 par Laurent Delin pour atemporel.com.
© Marc Simonetti pour l'illustration de couverture de Djeeb le Chanceur.

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