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Entretien avec Paul Beorn, auteur de la Pucelle de Diable-vert

Note des utilisateurs: / 7
MauvaisTrès bien 

Photo de Paul Beorn © Patrick ImbertLaurent Delin m’a demandé de parler à ma guise de mon inspiration, de ma motivation et de la genèse de La Pucelle de Diable-Vert.

Malheureux ! Rappelez-vous : ne jamais demander à un auteur de vous parler de son roman. D’abord, il bafouille et il est incapable d’en parler correctement, et surtout, une fois qu’il a commencé... on ne peut plus l’arrêter (NDW: tant mieux ;-).

 

L’inspiration d’un roman, c’est d’abord une idée. Pas forcément une idée très originale ni très compliquée, mais une idée qui a un pouvoir magique : elle vous plaît assez pour vous faire écrire un roman. Pourquoi ? Je laisse aux psychanalystes le soin de l’expliquer. Tout ce que je sais, c’est comment : elle vous prend aux tripes, elle vous empêche de dormir la nuit, elle attire tout plein d’autres petites idées autour d’elle et elles se mettent à danser dans votre pauvre tête.

 

Et le plus souvent, cette idée arrive n’importe comment, n’importe quand et de façon triviale - elle naît d’une broutille ou d’une parole anodine qui agit comme une étincelle.

Couverture du livre la perle et l'enfant de Paul BeornL’idée de la Pucelle m’est venue de la bande annonce du film Sin City. Je n’ai pas vu le film et je ne sais pas trop de quoi ça parle. Ce dont je me souviens, c’est de l’esthétique si particulière des images : ce jeu des couleurs et des noir et blanc, ces tâches lumineuses dans des décors sombres. J’en ai conçu l’idée de la magie à l’œuvre dans la cité de Diable-Vert : une cité plongée dans la nuit, où tout est mensonge et illusion, et où la vérité éclate çà et là comme une tâche de couleur vive. De là m’est venu tout le reste : Jéhanne serait la « tâche de couleur » dans cette ville sombre. La perle, du moment que j’introduisais la référence à Jeanne d’Arc, serait ses fameuses « voix ». Et l’enfant, euh, l’enfant était juste sous mes yeux, car je venais d’être papa...

Ecrire, c’est un peu comme de rêver : on y mélange les souvenirs très récents de la journée et des souvenirs très anciens de la petite enfance. Sans compter tout ce qui traîne dans notre subconscient : les angoisses, les désirs enfouis, les lignes de fracture de votre personnalité...

Et avec tous ces éléments ultra personnels, tout l’enjeu est de réussir à concocter une histoire qui n’a presque plus rien à voir avec vous et qui pourra être assez universelle pour plaire à un grand nombre de lecteurs.

Entre l’idée première et l’écriture du roman, il s’est passé peu de temps. Un petit mois à peaufiner le scenario. J’étais trop impatient de m’y mettre, et puis, c’est comme une sorte de transe : ce moment ne dure pas éternellement et je dois me lancer vite sous peine de perdre l’instant magique. Là, j’écris comme un fou : je ne suis plus bon à rien, je mange n’importe quoi (des pistaches par kilos, par exemple), je réponds à côté de la plaque, je fais n’importe quoi au boulot et je passe mes nuits devant mon clavier jusqu’à avoir les mains qui tremblent et les yeux en forme de sac à patate.

J’ai écrit le premier jet en trois mois et je l’ai relu pendant deux ans. Je l’ai fait lire, aussi, à des amis sans complaisance. Enormément de choses ont changé par rapport à la première version : par exemple, le premier jet était au présent de l’indicatif et j’ai tout remplacé par le passé simple. Je suis un corrigeur fou, j’ai toujours envie de tout changer et il faut que je me tienne à quatre pour arrêter.

Couverture du Hussard amoureuxEt puis, j’ai attendu deux ans avant d’écrire la suite,  qui allait devenir Le hussard amoureux. Enfin, « attendre » n’est pas le mot juste : j’ai quand même écrit un autre roman entretemps. Mais personne ne réclamait mon manuscrit, alors je n’étais pas pressé...

Le hussard amoureux est un roman qui a beaucoup souffert. J’ai commencé un premier début que j’ai jeté à la poubelle, et puis je suis reparti. J’ai fait une première fin que j’ai jetée à la poubelle, et puis je suis reparti. J’ai mis presque un an avant d’en venir à bout, comme quoi, non seulement tous auteurs ont leur propre méthode, mais en plus, elle varie d’un roman à l’autre...

En relisant des passages du roman imprimé, j’ai toujours du mal à le considérer comme un « vrai livre ». Je trouve des répliques qui me font immédiatement penser à des livres que j’ai lus il y a très longtemps, Bilbo le hobbit ou Lolita de Nabokov - chose dont je ne m’étais pas aperçu en l’écrivant. J’aurais envie de changer telle phrase, je grince des dents devant telle autre, mais je ne peux plus corriger. C’est une torture et d’un autre côté, c’est tellement reposant : La Pucelle de Diable-Vert ne m’appartient plus. Je peux passer à une autre histoire l’esprit tranquille...

 

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Commentaires
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Louis  - Original et...   |08-12-2010 00:10:18
En voila un entretien original. Merci ca change des trois questions pour un
champion :-)
Thomas John  - La muse dévoilée   |08-12-2010 23:46:39
Ton article est super intéressant et retranscrit de manière limpide un
processus intime et complexe : chapeau bas !
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